Retiré de la politique, Martin Malvy se consacre désormais à la présidence de Sites &Cités remarquables de France, qu’il a lancé en 2000, et à la présidence de la commission régionale patrimoine et architectures Occitanie. Il est l'auteur d'un rapport sur Culture et Tourisme
> J’ai mis en avant des propositions. Certaines se concrétisent. Est-ce parce qu’il y a eu le rapport? D’autres peuvent revendiquer la paternité de telle ou telle proposition. L’essentiel, c’est de voir si cela bouge et si ce qui se met en place va dans la bonne direction.
> Toutes. Beaucoup relèvent du bon sens, d’autres de l’évolution des technologies. Ce qui s’est passé depuis deux ans n’a fait que confirmer les constats d’alors.
> Exclusivement, non. Majoritairement oui, mais cela est normal. Tout notre problème aujourd’hui consiste à conjuguer les problèmes qui peuvent être liés à la progression de l’économie touristique là où nos concitoyens estiment qu’il y a saturation, et les lieux où, au contraire, il faut accroître le nombre de touristes pour consolider l’économie locale. Une large partie du rapport est consacrée au sujet. À titre d’exemple, c’est ce que nous avons entrepris avec la campagne #remarkablefrance, en partenariat avec Atout France, autour des villes et territoires moins identifiés par les touristes.
> Culture et tourisme se tiennent la main. On estime qu’un touriste étranger sur deux choisit la France pour des sensibilités patrimoniales. C’est vrai aussi de nos propres résidents. Par contre, les acteurs du fait culturel dans sa généralité et ceux du tourisme sont beaucoup trop éloignés les uns des autres.
> C’est le fameux travail en silo qui caractérise une grande partie de la gouvernance, peut-être d’une manière plus marquée en France qu’ailleurs. D’un secteur à l’autre les gens s’ignorent. Si les responsables se connaissent personnellement, il leur arrive de communiquer. S’ils ne se connaissent pas, chacun reste dans son bunker. Et plus on monte dans la hiérarchie, plus c’est exact. Heureusement, sur le terrain, responsables et services ont largement fait progresser le travail en commun. J’ai beaucoup mis l’accent sur ce sujet. Il touche jusqu’à la formation.
> Le patrimoine dont nous avons hérité n’a pas été conçu pour être désert ou momifié. Il convient de le respecter pour le transmettre mais de lui permettre de répondre à certains objectifs qui relèvent de la modernité. Ce n’est pas nouveau. Combien d’édifices ont connu plusieurs vies? Aujourd’hui on scléroserait? Non. Le patrimoine doit aussi s’inscrire dans la co-temporalité.
> Je m’en félicite. Stéphane Bern a su remettre le patrimoine à l’affiche et convaincre le Président de la République de donner droit à une vieille revendication, la création d’un loto dédié dont l’objectif est, au-delà de la recette, la communication. Je pense néanmoins que l’on oublie beaucoup trop ce qu’est, depuis les années 1980, l’effort de l’État et des collectivités locales pour la préservation du patrimoine: près d’un milliard d’euros par an.
> Non. Il y a diversité du patrimoine. Il est multiple: monuments, sites, paysages, gastronomie, musique, théâtre… il est donc logique qu’il y ait des labels différents. Par contre, et je l’avais suggéré, il convient parfois de les réunir pour agir ensemble, assurer collectivement leur promotion car aucun d’entre eux n’a les moyens d’une démarche commerciale telle qu’aujourd’hui la concurrence l’impose. C’est ce que nous faisons avec la création de « France. Patrimoines et territoires d’exception », marque que nous venons de créer, et sous laquelle viendront se loger pour des actions communes les sept associations à vocation patrimoniale les plus reconnues: Fédération des parcs naturels régionaux de France, Les Plus Beaux Villages de France, Les Plus Beaux Détours de France, Petites Cités de Caractère de France, Réseau des Grands Sites de France, Sites et Cités remarquables de France, Villes et Métiers d’Art.
> Oui. Les intervenants sont effectivement nombreux et viennent d’horizons différents; mais j’ai le sentiment que la situation évolue. En tout cas beaucoup de ceux qui me parlent à l’occasion de ce rapport me disent qu’ils travaillent davantage en concertation. On ne construit pas un projet touristique en solitaire. Il se construit entre partenaires.
> On peut toujours faire mieux. Les très grands sites se sont adaptés. Ils ont pour la plupart fait des efforts considérables en termes d’accessibilité et d’informatique notamment. La qualité de l’accueil a progressé; il faut arrêter de se complaire dans un discours en permanence critique. En revanche il est exact qu’il y a dans certains cas saturation. Et que si les dispositifs de réception du public n’évoluent pas, cela deviendra, dans certains cas, insupportable. Peut-être faut-il limiter davantage, pourquoi ne pas faire évoluer les horaires. Mais il faut surtout éveiller l’intérêt pour des lieux méconnus et qui méritent d’être découverts. Si je me résumais, je dirais qu’il y a les sites qui se suffisent: « Je vais au Mont-Saint-Michel » et puis ceux qui sont moins connus. Ceux-là, il faut les vendre – le terme est exact – dans une perspective touristique qui multiplie les centres d’intérêt et s’ouvre souvent à une clientèle plus large.
> Je crois beaucoup à la démarche territoriale de la gestion de l’économie touristique. Je me réjouis de voir que certaines régions, certains comités régionaux ou départementaux du tourisme, avec des offices de tourisme devenus intercommunaux, travaillent maintenant davantage avec les services culturels des collectivités locales. J’ai pris acte avec intérêt de la signature d’une nouvelle convention – la troisième seulement en cinquante ans – entre le ministère de la Culture et celui du Tourisme et la création d’un Conseil interministériel du Tourisme, même si celui-ci me paraît trop fermé au secteur associatif spécialisé. C’est dans cette direction qu’il faut aller. L’économie touristique est essentielle à l’économie nationale, à la balance commerciale et à l’aménagement du territoire. Or elle s’inscrit dans le même environnement que les autres secteurs de l’économie. On ne reste pas les meilleurs si on ne progresse pas.
54 mesures pour associer Patrimoine et Tourisme
Le rapport remis à Jean-Marc Ayrault développe 54 « suggestions » regroupées en plusieurs axes pour faire du patrimoine un axe fort du développement touristique:
Le 1er axe porte sur les enjeux de gouvernance, avec pour objectif de renforcer les synergies entre les différents acteurs du secteur. Le rapport préconise de renforcer la place du patrimoine dans les contrats de destination, de rationaliser les labels et de créer une signature « Patrimoines de France ».
Le 2e axe: structurer davantage l’offre pour mieux répondre aux exigences des touristes et à leurs nouvelles attentes, à savoir amélioration de l’hébergement et de l’hôtellerie diffuse dans les centres à forte densité patrimoniale, incitation aux sites patrimoniaux à recourir aux financements participatifs, ou encore la mise en place d’un dispositif global d’aide à la réhabilitation du patrimonial touristique.
Le 3e axe concerne la formation, avec pour ambition de favoriser les liens entre patrimoine et tourisme dans la formation des métiers des deux secteurs, de former davantage de managers capables de gérer des sites patrimoniaux.
Le 4e axe consiste à favoriser la transition numérique afin d’adapter l’offre touristique aux nouvelles pratiques; de créer un rendez-vous annuel dédié afin d’inciter les sites culturels à intégrer les nouveaux outils numériques, ou de créer un hashtag type #cultureinfrance.
Le 5e axe touche la promotion, afin de faire connaître les trésors du patrimoine français, parfois éloignés des grands circuits actuels empruntés par les touristes, de construire du « storytelling », de faire émerger des « pépites » au sein des réseaux et de mettre en valeur les expériences patrimoniales d’exception.
Le rapport est consultable sur le site: